Texte de chanson
auteur Daniel Macouin
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GIRO D'ITALIA

 

L'été. Long tour des villes d'art
Parme Florence et Pise
Lucques Sienne Arrèze et Venise
Palerme! Sans retard

tu te gaves, tu thésaurise :
ton cerveau en puisard
du premier jour au départ
gobe -belle expertise-

et bée, ophtalmique têtard.
Tout s'offre en chalandise
palais jardins musées églises
et monuments épars.

Pour l'heure tu vis dessous l'emprise
d'un exigeant César :
"Tout voir! " Tout un mois à l'écart
du monde de la crise,

humant du Duccio le nectar
buvant Giorgione en guise
d'apéritif, tu vasarises
un peu, puis ça repart :

tu goûtes de Giotto la mise
en scène des rempart
du sfumato le fin brouillard
et la lumière émise;

les ciels du Corrège; la frise
qu'on sculpta d'un milliard
de saints sur le haut d'un placard;
un Christ qu'on baptise;

la Suzanne épiée des vieillards;
ici Job, là Moïse;
la Madeleine sans chemise
et pleurant sans ses fards;

la stigmatée qu'on canonise;
un pape et son bâtard
sous un riche dais de brocart;
un Saint François d'Assise

parlant aux oiseaux; le départ
des croisades; la prise
du voile qu'on idéalise
et Lucrèce au poignard;

un corps tordu qui agonise;
Sébastien sous les dards;
Ah! plus frais un colin maillard,
là une gaillardise;

un Michelange Buonar-
otti; quatre Mérises;
des Raphaëls pour la plupart
de sa main, sans reprises;

des duomos de pierre grise;
un pot d'or pour les nards;
tout un lot d'angelots poupards
offerts en friandise;

encore Suzanne en convoitise
de deux vieux égrillards;
curieux: un saint montagnard
qui défie l'analyse;

un chevalier de quelque part
et sa dame assise,
en lettres d'argent leur devise
qui flotte en étendard;

une ciboire d'or incise;
un portrait de frocard
par Bassano; deux faux; un quart
de Lippi; les payses

du Carpaccio et l'entrelard
de marbre qui divise
les clochers en bandes précises
meringue et épinard;

des innocents qu'on martyrise;
la Madone au renard;
un Ribéra (Laurent brûlard);
mille et une surprises,

christs, vierges, rétables ... Le regard
rue à tout voir, s'enlise
et l'oeil, rond comme la cerise
abandonne, hagard.

Oh! c'est beau! c'est beau! et l'avisent
Michelin, le Routard
le Fodor, le guide Maillard
et cousine Denise.

Puis moi, puis l'autre, à leur instar
en vaines vocalises
on glose. Mais Ah! cet avis
à Marie (Léonard);

ces amours de Botticelli
zéphirs légers, mignards
ornements du Printemps; l'écart
de Vénus qu'a surprise

avec Mars un Vulcain braillard
( quelle jolie maitrise
pour une si grande entreprise);
Fortune sur son char

par un inconnu et l'emprise
sur nos yeux au hasard
d'un coup d'oeil du bleu d'un foulard
sur le sein d'Artémise;

ce profil d'homme au nez camard ;
la rouerie le feintise
(d'un commerce avec Rome apprise)
du portrait papelard

que Sanzio fit. Bref, qu'il suffise
que par tout ce bazar
égaré, j'avoue qu'en hangar
ma tête s'est méprise,

lasse la cervelle en buvard
mollement agonise.
Pitié! c'est trop! Même l'exquise
Rosalba tourne au lard ;

la substance blanche en banquise
se gêle tôt ou tard.
Mais soudain, marchant sans égards
pour les fresques rassises

souverain, hautain, un pétard
d'italienne, balise
mouvante à l'oeil qui se ravise
et revit frétillard,

passe en pétulant. Héloïse
l'onguent pour Abélard
c'est ça: ces deux seins comme anars
pratiquant la franchise

libres, par la robe démise
entrevus. Quel Omar
Kayan dira du rose par-
me la pyrolise

quand les yeux-phénix de broutards
et vieux boeufs s'éternisent
où arde aréole insoumise
sous grenade. ô Ronsard

renaissent tes Amours et disent
encor, quand les stars
du rien au whisky des dollars
tristement s'alcoolisent,

l'allant, l'atour des filles (hart
si doux qui me dialyse)
la courbe d'un cou qui s'irise
aux lumières d'un bar

la licor feminae commise
au rhum Saint Bernard
la vie, forme si vraie de l'art
qui du peint exorcise

à Vicense Ancone ou Trevise
Bologne et Miramar.
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